• Raluca Belandry

Le morcellement de Lady Chatterley

La tentation de juxtaposer ces trois instances dans lesquelles Connie Chatterley se dévoile, ou se laisse dévoiler, à travers la succession des épisodes qui ont fait sa chute d'aristocrate, couronnée par la gloire d'une femme nouvelle. Extraits que j'ai ressentis charnellement sous ma plume, en les traduisant. Lawrence est l'auteur qui sait parler d'une femme, de sa substance et de son désir. J'aime sa nudité à lui, le faisant.


Chapitre VII


"Quand Connie retourna à sa chambre, elle fit ce qu’elle n’avait pas fait depuis longtemps : elle se déshabilla et se regarda nue dans l’immense miroir. Elle ne savait pas clairement ce qu’elle cherchait à trouver ou à voir, mais elle bougea la lampe pour qu’elle l’illumine entièrement.


Et elle pensa, comme elle l’avait pensé si souvent… quelle chose fragile, pathétique et facile à blesser que le corps humain, nu ; d’une certaine façon, si inachevé et incomplet !


Son corps fait de toute cette matière inutile lui semblait insignifiant, plein et opaque. Quel espoir y avait-il ? Elle était vieille à vingt-sept ans, sa chair n’avait aucune lueur, aucun éclat. Le désintérêt et le déni l’avaient rendue vieille, oui, le déni. Les femmes à la mode gardaient leur corps radieux comme de la porcelaine et en soignaient bien l’extérieur. Il n’y avait rien à l’intérieur de la porcelaine, et elle n’en avait même pas la brillance. La vie de l’esprit ! Soudainement elle sentit une haine furieuse, quelle escroquerie !"


Image : Kees van Dongen. L'écuyère (1920)



Chapitre X


"Il la regarda craintivement. Elle avait le visage détourné et pleurait aveuglément, avec toute l’angoisse de la génération délaissée qui était sienne. Il sentit fondre son cœur comme une goutte de feu et étendit sa main pour poser ses doigts sur son genou.

- Vous ne devriez pas pleurer, dit-il doucement.


Il posa une main sur son épaule, et doucement, gentiment, se mit à parcourir aveuglement la courbe de son dos, jusqu’à la cambrure de ses reins. Là, sa main caressa doucement, doucement la courbe de son flanc, d’une caresse aveugle et vague.


Avec une curieuse obéissance, elle s’étendit sur la couverture. Alors elle sentit la main douce, tâtonnante et désirante touchant son corps, cherchant son visage. La main caressa son visage gentiment, gentiment, infiniment apaisante et rassurante, suivie du toucher doux d’un baiser sur sa joue. "

Image : Raphaël Kirchner - Lélie (1916)



Chapitre XIX


"Clifford et Connie étaient assis en silence... Ni l’un ni l’autre ne voulut commencer à parler. Connie fut si contente qu’il ne s’adonnât pas au pathétisme, qu’elle le maintint à autant de distance que possible. Elle se tenait en silence et regardait ses mains.


Il la regarda froidement avec une étrange colère. Il avait l’habitude d’elle. C’était comme si elle était intégrée à sa volonté à lui. Comment osait-elle le remettre en question et détruire le tissu de son existence quotidienne ? Comment osait-elle tenter de déranger sa personnalité !


- Et pour quoi voulez-vous remettre tout en question ? insista-t-il.

- L’amour ! dit-elle. "




Image : John Quincy Adams - Countess Michael Karolyi (1918)


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