L'âme
- Raluca Belandry

- il y a 2 jours
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L’âme ! Qui ose encore parler d’âme dans un monde qui semble cruellement dépourvu de cette « chose » indéfinissable, diaphane, venue d'un autre temps et oubliée.
On l’a reléguée aux marges de la pensée, aux arrière-salles des anciennes métaphysiques, comme un vestige embarrassant d’une sensibilité que l’on dit désormais dépassée. Le mot lui-même paraît suspect, trop chargé, trop fragile, presque inconvenant dans l’âpreté de nos discours techniques et la sécheresse de nos certitudes. Et pourtant, quelque chose résiste : une persistance ténue, un souffle sous la cendre. Il arrive encore que, dans certaines fissures du réel, dans certains actes comme celui de la création, cette notion désuète se remette à vibrer, à exiger qu’on lui prête attention, ne serait-ce qu’un instant. Peut-être désigne-t-elle moins une chose qu’un manque, moins une essence qu’un appel.
L’âme est un voile d’odonate. L’âme respire. L’âme embaume. L’âme fait frémir les doigts de quiconque arrive à la toucher – pourvu que cela soit dans le noir, dans l’ivresse lucide d’une foi en ce quelque chose vers lequel elle semble tendre et indiquer.

Extrait de L'âme, textes choisis et présentés par Elie During
« L’âme [est quelque chose qui introduit] du jeu dans l’opposition frontale de l’esprit et du corps, du moi et du monde. Comme l’ombre accompagne le corps, l’âme est là, derrière moi. C’est le synapados des Grecs, ce quelque chose qui nous accompagne en silence, ce sentiment insaisissable d’une présence. L’âme n’est pas l’esprit ‘qui toujours nie’ ; elle est la puissance du double, elle double et prolonge le corps qu’elle anime, elle décolle le moi, comme une ligne de fuite qui traverserait la conscience, qui fendrait la clôture de son monde intérieur. L’âme s’annonce dès que Je est un autre...
Jung montre bien que l’on ne peut pas réduire le sentiment de l’âme à la lumière du psychisme conscient. (…) L’inconscient, c’est d’abord l’autre en moi – voire les autres en moi. Il y a là quelque chose qui nous renvoie à une multiplicité primitive, à la horde ou à la meute : ‘Quelque chose dans nos âmes n’est pas individu, mais peuple, totalité, humanité même. »
Lire ces lignes, c’est comme rouvrir une chambre longtemps condamnée en soi, laisser entrer un air plus ancien et dense. Quelque chose s’y déplace.
Ecouter l’âme. Rester au plus près de ces gémissements doux, au creux de la nuit. L'écouter, c’est accueillir une rumeur, un froissement, un passage du corps à l'esprit, de l'esprit au corps, ni tout à fait l'un, ni tout à fait l'autre. Quelque chose qui insiste sans s’imposer, qui demande seulement que l’on reste assez ouvert.
R.A.




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